La place des produits halieutiques dans l’alimentation mondiale continue de se renforcer. Porté par une demande croissante et des échanges record, le secteur de la pêche et de l’aquaculture doit toutefois relever des défis liés à la durabilité des ressources, au climat et à l’accès à l’alimentation.
Le 16 juin 2026, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) a publié son nouveau rapport sur la situation mondiale des pêches et de l’aquaculture (SOFIA 2026). Voici 5 enseignements majeurs à tirer de ce rapport biennal qui fournit les données les plus récentes sur le secteur.
Un nouveau record atteint par la production mondiale
La production halieutique et aquacole a atteint un niveau record de 235 millions de tonnes en 2024, confirmant le rôle croissant des produits aquatiques dans la sécurité alimentaire mondiale. Dans le détail, les produits issus d’animaux aquatiques (poissons, crustacés, mollusques…) ont représenté près de 83 % de l’offre, soit 195 millions de tonnes, tandis que le reste provient presque exclusivement de la production d’algues.
D’après la FAO, près de 89 % de la production est destinée à la consommation humaine, illustrant l’importance nutritionnelle croissante du secteur. Les produits aquatiques fournissent désormais au moins 20 % des protéines animales pour plus de 40 % de la population mondiale, en particulier dans les pays où les alternatives protéiques restent limitées.

L’aquaculture est toujours le moteur de l’offre
Depuis 2022, où la contribution de l’aquaculture dans l’approvisionnement mondial d’animaux aquatiques a dépassé celle de la pêche, son offre ne cesse de croître.
D’après la FAO, la production aquacole mondiale a grimpé de près de 7 % en l’espace de deux ans pour atteindre 142 millions de tonnes en 2024. Dans ce total, l’offre de produits animaux aquatiques s’est élevée à 103 millions de tonnes, un record historique équivalant à 53 % de la production mondiale d’animaux aquatiques, et à plus de 59 % des produits aquatiques destinés à la consommation humaine.
Cependant, cette production reste fortement concentrée en Asie, qui représente près de 90 % de l’offre mondiale, tandis que le reste de la production se répartit entre l’Amérique du Sud (4%), l’Europe (3%), l’Afrique (2 %), l’Amérique du Nord et l’Océanie fournissant le reste.
La durabilité des ressources halieutiques reste un défi majeur
Malgré les progrès enregistrés dans certaines zones grâce à une gestion fondée sur la science, la pression sur les ressources halieutiques demeure préoccupante. Selon le rapport, la part des stocks marins exploités de manière durable est tombée à 62,4 % en 2023, confirmant une tendance à la dégradation dans plusieurs zones de pêche à travers le monde. Pour expliquer cette dynamique, la FAO met en avant des défis persistants parmi lesquels figurent la surpêche, la fragilité des systèmes de gestion, mais aussi les effets du changement climatique et de la dégradation des écosystèmes marins et continentaux.
En conséquence, la pêche de capture stagne depuis plusieurs décennies autour de 90 millions de tonnes.

Un commerce mondial en forte expansion et hautement intégré
Le commerce des produits aquatiques constitue aujourd’hui l’un des piliers de la mondialisation alimentaire. En 2024, il a atteint un niveau record de 186 milliards de dollars, impliquant 230 pays et territoires, ce qui en fait l’un des marchés agricoles les plus intégrés au monde.
Environ 36 % de la production mondiale d’animaux aquatiques est échangée à l’international, confirmant le rôle central du commerce dans l’équilibre entre zones excédentaires et zones déficitaires. Le secteur représente près de 9 % du commerce agricole mondial (hors foresterie), un poids comparable à celui de certaines grandes filières de protéines animales terrestres.

Mais ce commerce reste profondément asymétrique. L’Afrique illustre bien ces déséquilibres. En effet, le continent affiche un déficit en volume d’environ 1 million de tonnes, mais un excédent en valeur de 2 milliards de dollars, grâce à l’exportation de produits à forte valeur ajoutée. Paradoxalement, elle enregistre aussi un gain net en protéines estimé à 126 000 tonnes, lié à l’importation de produits moins chers mais riches en nutriments.
Pour la FAO, l’enjeu est désormais d’améliorer la traçabilité, la sécurité sanitaire et l’efficacité des chaînes commerciales, afin que les échanges contribuent davantage à la sécurité alimentaire et nutritionnelle.
L’Afrique reste en retrait dans l’accès aux produits aquatiques
L’Afrique demeure la région où le décalage entre besoins alimentaires et disponibilité des produits aquatiques est le plus important.
Bien que le poisson représente près de 20 % des protéines animales consommées sur le continent, la disponibilité moyenne n’y atteint que 9,1 kg par habitant en 2024, soit le niveau le plus faible au monde. En comparaison, la disponibilité moyenne mondiale a atteint 21,3 kg par habitant.