TUNISIA REPUBLIC | MINISTRY OF AGRICULTURE, HYDRAULIC RESOURCES AND FISHING

TUNISIA REPUBLIC

La Tunisie ne fait plus face à une sécheresse passagère. Elle traverse une transformation profonde et durable de son régime climatique, selon un rapport publié conjointement par la Banque africaine de développement et le gouvernement tunisien. Entre 1950 et 2018, près de six années sur dix ont été classées comme sèches. D’ici 2100, les précipitations pourraient reculer de 25 % dans le centre et le sud du pays, tandis que les températures grimperaient de 2,5 à 5 degrés selon les scénarios d’émissions mondiales. L’agriculture, qui absorbe 80 % de la consommation nationale en eau, et une demande domestique en forte hausse aggravent une situation déjà critique.
Face à ce constat, la BAD et Tunis ont élaboré un cadre stratégique articulé autour de six priorités : renforcer la coordination institutionnelle, créer un système d’alerte précoce, moderniser le cadre juridique de l’eau, mobiliser des financements innovants, renforcer les capacités techniques locales et promouvoir une culture de consommation responsable.
Le message central est clair : la Tunisie possède l’expertise et la volonté politique nécessaires. Ce qui manque encore, c’est la coordination. Ce rapport se veut précisément l’outil pour y remédier.
La Banque africaine de développement (BAD) et le gouvernement tunisien, en effet,  viennent de publier conjointement un rapport intitulé « Stratégies de planification, de préparation et de résilience face à la sécheresse : le cas de la Tunisie ». Ce document propose un cadre intégré pour anticiper, prévenir et gérer des épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents et sévères. Loin d’une réponse d’urgence, il s’agit d’une architecture de long terme, articulée autour de six axes prioritaires.
–          Un diagnostic sans ambiguïté : une crise structurelle, pas conjoncturelle
Selon l’analyse du rapport, entre 1950 et 2018, environ 59 % des années en Tunisie ont été classées comme sèches. Ce chiffre seul suffit à mesurer l’ampleur du défi. Et les projections climatiques ne laissent guère de place à l’optimisme : les modèles prévoient une baisse potentielle des précipitations allant jusqu’à 25 % dans le centre et le sud du pays d’ici 2100, avec une hausse des températures moyennes comprise entre 2,5 °C et 5 °C selon les scénarios d’émissions mondiales.
À ces pressions climatiques s’ajoutent des tensions croissantes liées à la demande humaine. L’agriculture représente environ 80 % de la consommation totale d’eau du pays, tandis que le volume d’eau prélevé pour l’alimentation en eau potable est passé de 296,2 millions de mètres cubes en 2002 à 447,2 millions en 2018. L’urbanisation accélérée, la croissance démographique et l’évolution des modes de consommation amplifient encore cette pression sur des ressources déjà sous tension.
Yero Baldeh, directeur du Bureau de coordination des États en transition à la BAD, formule ce constat de façon tranchée : « La Tunisie n’est pas confrontée à une crise de l’eau temporaire. Elle fait face à une transformation structurelle de son régime climatique. Ce rapport ne propose pas de mesures d’urgence, il propose une architecture de résilience. »
–          Six leviers stratégiques pour transformer la gestion de l’eau
Le rapport structure sa réponse autour de six priorités complémentaires.
Le premier levier concerne la coordination institutionnelle. La fragmentation des structures de gouvernance affaiblit actuellement la gestion de l’eau et les systèmes de réponse à la sécheresse. Une meilleure articulation entre ministères, autorités régionales et agences de l’eau est recommandée.
Le deuxième levier porte sur la création d’un système national d’alerte précoce, capable de surveiller les risques climatiques, d’anticiper les pénuries et d’accélérer les décisions politiques au bon moment.
Troisièmement, le rapport appelle à une réforme du cadre juridique et réglementaire régissant l’usage de l’eau, jugé insuffisamment adapté à la raréfaction croissante de la ressource et aux enjeux d’une allocation durable.
Le quatrième levier vise à mobiliser des financements innovants pour soutenir les investissements dans les infrastructures hydrauliques et l’adaptation climatique. Sont notamment envisagés les partenariats public-privé, la finance climatique, les financements multilatéraux et les mécanismes de financement mixte.
Le cinquième axe porte sur le renforcement des capacités techniques aux niveaux national, régional et local, condition sine qua non d’une mise en œuvre efficace des stratégies de gestion de la sécheresse.
Enfin, le sixième levier insiste sur la nécessité de promouvoir une culture de l’eau responsable à travers des campagnes de sensibilisation et des initiatives de changement de comportement, ciblant aussi bien les citoyens que les entreprises et les institutions.
–          La mise en œuvre comme défi central
Le rapport reconnaît que la Tunisie dispose déjà d’atouts réels. Malinne Blomberg, directrice générale adjointe de la BAD pour l’Afrique du Nord, insiste sur ce point : « La Tunisie dispose d’une véritable expertise technique, d’un cadre stratégique ambitieux et d’une volonté politique confirmée. Le défi est désormais de renforcer la coordination entre ces ressources. Ce rapport identifie précisément les points de rupture et propose des solutions adaptées aux réalités institutionnelles du pays. Ce n’est pas juste un document de plus, c’est un outil de travail. »
L’approche proposée vise à faire passer la Tunisie d’une gestion réactive des crises à une logique d’anticipation, de planification et de prévention. Cette transformation s’inscrit dans la Stratégie nationale de l’eau à l’horizon 2050, dont ce rapport vient enrichir le volet opérationnel.
–          Un enjeu de stabilité nationale
Au-delà de la ressource en eau elle-même, c’est la trajectoire économique et sociale du pays qui est en jeu. L’économie tunisienne reste fortement dépendante de secteurs vulnérables aux chocs climatiques, notamment l’agriculture, la production alimentaire, le tourisme et les moyens de subsistance ruraux. La dégradation de la disponibilité en eau menace les rendements agricoles, la sécurité alimentaire, l’emploi rural et la santé publique.
La BAD réaffirme son engagement à accompagner la Tunisie dans cette transition, en soutenant les réformes et les investissements nécessaires à la sécurité hydrique et à la protection des populations les plus vulnérables. L’expérience tunisienne pourrait, à terme, devenir une référence pour d’autres pays d’Afrique du Nord confrontés aux mêmes défis climatiques.
source: africanmanager.com