TUNISIA REPUBLIC | MINISTRY OF AGRICULTURE, HYDRAULIC RESOURCES AND FISHING

TUNISIA REPUBLIC


Cette réalité traduit non seulement la faiblesse des revenus, mais aussi l'absence de toute stabilité économique : un travail journalier qui ne garantit aucun avenir.

Une inégalité salariale persistante

Malgré un travail identique à celui des hommes, les femmes continuent de percevoir des salaires inférieurs, avec des écarts pouvant atteindre 20 à 30 %, selon les rapports de la FAO (2019-2021). Cette inégalité ne repose pas sur une différence de tâches, mais sur une dévalorisation structurelle du travail féminin.

Zina, 70 ans, raconte : « J'ai travaillé toute ma vie dans l'agriculture... je gagne entre 20 et 25 dinars par jour, alors que les hommes touchent jusqu'à 40 dinars pour le même travail. »

Cette disparité se traduit concrètement par une capacité réduite à subvenir aux besoins essentiels, une impossibilité d'épargner et une exposition accrue aux aléas.

Une protection sociale quasi inexistante

À cette précarité s'ajoute l'absence de couverture sociale. Une grande partie des travailleuses agricoles ne bénéficie ni d'assurance maladie ni de retraite, en raison de contraintes administratives, de coûts d'adhésion élevés ou de l'éloignement des services.

Selon ONU Femmes (2022), l'écart salarial constitue l'un des principaux facteurs de la persistance de la vulnérabilité économique des femmes, notamment dans les secteurs informels comme l'agriculture.

Une double charge invisible

Au travail agricole s'ajoute une autre réalité : celle du travail domestique non rémunéré. Les femmes en Tunisie consacrent environ 21,9 % de leur temps à ces tâches, contre seulement 2,7 % pour les hommes. Une double charge qui limite leurs possibilités d'amélioration économique et renforce leur précarité.

Des réformes encore sans effet réel

Face à cette situation, des mesures ont été adoptées : la loi n°51 de 2019 sur le transport des ouvrières agricoles, un décret en 2020 fixant les conditions de sécurité, et un décret présidentiel en octobre 2024 visant leur intégration dans le système de protection sociale.

Cependant, ces dispositifs peinent à produire des effets concrets. Les accidents continuent, la couverture sociale reste limitée, et l'écart entre les textes et la réalité demeure important.

Une question de justice sociale

Au final, la précarité des femmes agricoles en Tunisie n'est pas un phénomène isolé, mais le produit d'un système : emploi informel, faibles salaires, absence de protection et conditions de travail dangereuses.

Chaque jour, ces femmes cultivent la terre, mais ne récoltent que fatigue et incertitude. Entre les statistiques des organisations internationales et les témoignages du terrain, une évidence s'impose : cette précarité n'est pas une fatalité, mais une question de justice sociale encore en suspens.

source: allafrica.com