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La déforestation de la grande forêt tropicale l’Amazonie assèche aussi l’Argentine, située à plus de 1 300 km. Elle affecte le phénomène des « rivières volantes », le transport des pluies.

La dégradation de la forêt amazonienne n’est pas sans conséquence sur l’environnement des régions voisines du continent sud-américain. Déforestation et incendies ne sont pas sans lien avec une modification du climat plus au sud. Entretien et explications avec Carlos Nobre, chercheur spécialisé sur l’Amazonie et le réchauffement climatique de l’Institut d’études avancées de l’Université de São-Paulo.
Quel rôle joue la forêt amazonienne dans le cycle de l’eau du continent sud-américain ?
La forêt tropicale la recycle très efficacement : les racines denses et, pour certaines d’entre elles très profondes, pompent rapidement l’eau du sol vers les feuilles qui « transpirent », en réinjectant l’eau dans l’atmosphère. L’air devient alors plus humide et cela permet la formation de nuages et davantage de précipitations tombent sur la forêt. La forêt contribue ainsi à former entre 20 % et 25 % de la pluie qu’elle reçoit, en maintenant un air toujours humide qui se verse sur elle. En Amazonie, le débit du fleuve Amazone correspond à 50 % des pluies, et les autres 50 % de l’humidité atmosphérique sont transportés hors du bassin Amazonien.
Comment cette humidité se transporte-t-elle ailleurs ?
Grâce aux vents. L’humidité atmosphérique est transportée depuis l’Amazonie vers le sud, parallèlement à la cordillère des Andes, par un courant atmosphérique appelé courant-jet de basses couches.

On appelle ce transport d’humidité « les rivières volantes ». Il alimente les systèmes de pluies du sud du bassin Plata-Paraná (1) et est particulièrement important pour les pluies d’hiver. Des études indiquent que ce flux d’humidité est particulièrement important pour les pluies de cette zone pendant l’hiver, ce qui fait qu’il n’y a pas de saison sèche prononcée dans ces régions. Mais si la saison sèche est trop longue, le milieu écologique appelé biome change, et passe de la forêt à la savane tropicale, connue au Brésil comme le cerrado.

L’humidité atmosphérique est transportée par les vents depuis l’Amazonie vers le sud, parallèlement à la cordillère des Andes.
L’humidité atmosphérique est transportée par les vents depuis l’Amazonie vers le sud, parallèlement à la cordillère des Andes. | OUEST-FRANCE
Quelles seraient les conséquences d’une déforestation de la forêt amazonienne, à moyen ou long terme ?

La déforestation complète de l’Amazonie pourrait diminuer le transport d’humidité de l’ordre de 15 à 20 % des pluies dans ce bassin. Cela augmenterait la durée de la saison sèche, plutôt courte dans cette région, et signifierait également un plus grand contraste entre les débits maximaux et minimaux des rivières.

Un effet écologique d’une saison sèche plus longue et plus prononcée serait probablement que les savanes tropicales d’Amérique du Sud centrale migrent vers le sud, par exemple dans la région des chutes d’Iguaçu en Argentine, remplaçant des parties de la Forêt atlantique (située le long de la côte est). Ce type de phénomène se produirait d’ici trente à cinquante ans, si la déforestation de l’Amazonie se poursuit et que l’on dépasse le point de non-retour de la « savanisation », c’est-à-dire si 50 % à 70 % de la forêt amazonienne devient une savane tropicale, dégradée du fait du réchauffement climatique, des impacts de la déforestation et de l’augmentation de la vulnérabilité de la forêt aux incendies.

Si la déforestation dépasse 20 à 25 % de la superficie de la forêt amazonienne – actuellement elle s’établit aux alentours de 16 à 17 % – il est probable que la savanisation de l’Amazonie devienne irréversible.

Quel serait l’impact d’un tel phénomène sur les populations de la sous-région ?

Dans le bassin amazonien (Bolivie, sud du Pérou et du Brésil), le climat sera plus saisonnier, avec une saison sèche plus longue, bien plus chaude et une diminution du total annuel de précipitations. Cela aura un profond impact sur l’agriculture. Les sécheresses seraient plus fréquentes et sévères, principalement en raison du réchauffement climatique. L’augmentation des incendies émet de grandes quantités de fumées polluantes dans le sud du bassin Amazonien, affectant la santé de dizaines de millions de personnes du Pérou à l’Argentine.

(1) Le bassin de la Plata est le cinquième plus grand bassin fluvial du monde. Il couvre une superficie de 3,1 millions de km2 et s’étend sur les territoires de l’Argentine, du Brésil, du Paraguay, de l’Uruguay et de la Bolivie.
source : /www.ouest-france.fr