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Les attaques visant les infrastructures et les routes maritimes de la mer Noire ont propulsé les cours du blé à leur plus haut niveau depuis près de trois ans.

Pour les grands pays importateurs, notamment dans le monde arabe, l’enjeu dépasse désormais le seul prix de la céréale : perturbations portuaires, fret, assurance et éloignement des fournisseurs alternatifs alourdissent progressivement la facture.

Les contrats à terme sur le blé à la Bourse de Chicago ont clôturé la semaine dernière en hausse de plus de 3%, à environ 7,84 dollars le boisseau, soit près de 287 dollars la tonne.

Sur l’ensemble de la semaine, leur progression a dépassé 12%, la plus forte hausse hebdomadaire depuis près de quatre ans. Depuis le début de 2026, ces contrats affichent une progression d’environ 54%.

L’essentiel

Russie et Ukraine restent essentielles au marché mondial du blé

La réaction des marchés s’explique par le poids de la région dans le commerce agricole mondial.

Les ports de la mer Noire assurent une partie importante des exportations ukrainiennes de blé, de maïs et d’huile de tournesol. La Russie et l’Ukraine réunies représentent également environ un quart des exportations mondiales de blé, ce qui rend toute perturbation de leurs capacités d’exportation immédiatement sensible pour les marchés internationaux.

Nader Nour El-Din, professeur à la faculté d’agriculture de l’Université du Caire et spécialiste des marchés mondiaux de céréales, estime que le poids des deux pays est encore plus important lorsqu’on élargit l’analyse aux autres céréales.

Selon ses estimations, Russie et Ukraine pèseraient environ 34% des exportations mondiales combinées de blé, de maïs jaune et d’orge, ainsi qu’environ 77% des exportations d’huile de tournesol.

Le commerce mondial du seul blé se situe, selon lui, entre 210 et 220 millions de tonnes par an.

Les exportations ukrainiennes chutent

Les tensions ne relèvent plus seulement d’un risque potentiel : les flux sont déjà affectés.

Selon les données de Reuters, l’Ukraine n’a exporté que 539 000 tonnes de céréales entre le 1er et le 21 août 2026, contre 1,73 million de tonnes sur la même période un an auparavant.

Cette baisse confirme la tendance évoquée par les données citées par Al Jazeera, selon lesquelles les exportations ukrainiennes de céréales auraient chuté d’environ 75% sur la première moitié du mois, en rythme annuel.

La congestion maritime renforce les difficultés. Le 25 août, jusqu’à 70 navires étaient en attente à proximité du canal de Sulina, utilisé pour évacuer une partie des exportations ukrainiennes via le Danube.

Du côté russe, les expéditions de blé auraient également reculé de plus de moitié ce mois-ci par rapport à leur niveau de l’année précédente.

La vulnérabilité dépasse même la Russie et l’Ukraine : le Kazakhstan, pays enclavé, dépend notamment des infrastructures portuaires russes pour exporter une partie de ses céréales.

La Russie reste un géant malgré les fluctuations

Depuis le déclenchement de la guerre en février 2022, les exportations russes de blé ont connu d’importantes variations.

Elles ont atteint environ 33 millions de tonnes en 2022, avant d’augmenter fortement lors des campagnes suivantes et de dépasser 55,5 millions de tonnes durant la campagne 2023-2024.

Elles seraient ensuite revenues autour de 42 millions de tonnes, dans un contexte combinant baisse de la production et restrictions à l’exportation.

L’Ukraine a suivi une trajectoire différente. Selon les données citées de la FAO, ses exportations de blé ont avoisiné 19 millions de tonnes en 2022, puis 17 millions la saison suivante et environ 18 millions en 2024, avant de reculer vers 14 millions de tonnes l’an dernier.

Au-delà des différences entre campagnes, le constat est le même : une interruption prolongée des flux de la mer Noire retire du marché mondial une partie de son approvisionnement le plus facilement accessible.

Les pays arabes particulièrement exposés

Pour les économies arabes importatrices, la proximité géographique de la mer Noire constitue un avantage stratégique.

Selon l’estimation avancée par Nour El-Din, environ 65% des besoins céréaliers des pays arabes seraient couverts par des approvisionnements provenant de cette région, pour une valeur qu’il évalue à près de 75 milliards de dollars par an.

Ces chiffres sont des estimations de l’expert et non des statistiques consolidées d’une organisation internationale, mais ils illustrent l’importance de la région dans la sécurité alimentaire arabe.

En cas de difficultés prolongées, les importateurs peuvent se tourner vers l’Australie, l’Argentine, le Canada, les États-Unis ou certains producteurs européens.