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Selon la première évaluation mondiale exhaustive de la dégradation et de la restauration des sols publiée par l'IPBES, les sols sont dorénavant dans un état critique, engendrant de graves conséquences pour la biodiversité, le changement climatique et la stabilité de nos sociétés.

Chaque année, 12 millions d'hectares de sol sont perdus dans le monde : pollués, dégradés, lessivés, artificialisés, imperméabilisés... Ils ne peuvent plus remplir leur rôle écologique essentiel pour la biodiversité, le climat et l'humanité. En effet, les sols sont les milieux clés pour cultiver, pour abriter la biodiversité et pour stocker le carbone atmosphérique. En outre, ils fournissent, notamment sous couvert forestier, plusieurs services écosystémiques comme la purification de l'eau, la fourniture d'énergie et d'autres contributions essentielles aux populations.

Aujourd'hui, moins d'un quart de la surface de la Terre échappe encore aux impacts substantiels de l'activité humaine - d'ici 2050, les experts de l'IPBES estiment que ce chiffre sera tombé à moins de 10%.

Le constat est, une fois de plus, alarmant : des niveaux "critiques" de dégradation ont été atteints dans de nombreuses régions du monde selon le rapport de l'IPBES qui fait référence en la matière et qui sera bientôt publié intégralement : il réunit plus de 100 experts dans 45 pays ; s'appuie sur plus de 3 000 sources de connaissances scientifiques, gouvernementales, autochtones et locales ; a été amélioré par plus de 7 300 commentaires de 200 évaluateurs externes, et a fait l'objet d'une évaluation par des pairs.
Selon ce rapport, l'aggravation de la dégradation des sols causées par les activités humaines affecte le bien-être des 2/5 de l'humanité, soit au moins 3,2 milliards de personnes, entraînant également l'extinction des espèces et intensifiant le changement climatique. Il s'agit également d'un facteur important de migration humaine massive et de conflit accru.
"La dégradation de la surface terrestre par les activités humaines pousse la planète vers une sixième extinction massive des espèces", a déclaré le professeur Robert Scholes (Afrique du Sud), président de l'évaluation avec le Dr Luca Montanarella (Italie), qui ajoute : "Éviter, réduire et inverser ce problème, et restaurer les terres dégradées, est une priorité urgente pour protéger la biodiversité et les services écosystémiques vitaux pour toute la vie sur Terre et pour assurer le bien-être humain".

"Les zones humides ont été particulièrement touchées", a déclaré le Dr Montanarella. "Nous avons vu des pertes de 87% dans les zones humides depuis le début de l'ère moderne - avec 54% de pertes depuis 1900". La perte de biodiversité devrait atteindre 38 à  46% d'ici 2050.
La dégradation des sols exacerbe le changement climatique
Le rapport de l'IPBES constate que la dégradation des sols est un facteur majeur du changement climatique, la déforestation contribuant à elle seule à environ 10% de toutes les émissions anthropiques de gaz à effet de serre. Un autre facteur important du changement climatique est la libération de carbone précédemment stocké dans le sol. Ainsi, la dégradation des sols entre 2000 et 2009 a entraîné l'émission de 3,6 à 4,4 milliards de tonnes de CO2 par an, c'est environ 10 % des émissions mondiales actuelles de CO2.

"Sans action urgente" souligne le rapport, c'est 36 gigatonnes de carbone provenant des sols - en particulier en Afrique subsaharienne - qui seront relâchés dans l'atmosphère, cela équivaut à 20 ans des émissions mondiales du transport ! Les principaux processus comprennent la déforestation et la dégradation des forêts, l'assèchement et le brûlage des tourbières et le déclin de la teneur en carbone dans de nombreux sols et pâturages cultivés en raison des perturbations excessives et du retour insuffisant des matières organiques dans le sol.

Enfin, le coût économique est colossal : environ 10% du produit brut annuel mondial en 2010 par la perte de biodiversité et de services écosystémiques.

Pourquoi les sols se dégradent ?
Inutile d'invoquer une quelconque malédiction, c'est encore la pression non soutenable des activités humaines couplée à une démographie galopante, qui souillent notre support de vie. La société de surconsommation érigée en modèle de développement se concrétise par l'expansion rapide, la gestion non durable des terres cultivées et la multiplication des pâturages pour l'élevage. De surcroît, l'extraction des ressources naturelles et minérales et l'urbanisation, entraînent généralement des niveaux plus élevés encore de dégradation des terres, et ce de manière irréversible.

Par exemple, en 2014, plus de 1,5 milliard d'hectares d'écosystèmes naturels ont été convertis en terres cultivées dont la biodiversité est très pauvre comme en témoigne la disparition des oiseaux des campagnes françaises. A ce jour, les principaux moteurs de la perte de biodiversité sont : l'agriculture suivie de la foresterie, l'installation d'infrastructures, l'étalement urbain et le changement climatique.

Les terres cultivées et les pâturages couvrent maintenant plus d'un tiers de la surface de la terre, avec un défrichement récent des habitats indigènes, notamment des forêts, des prairies et des zones humides, concentrés dans certains des écosystèmes les plus riches en espèces de la planète.

Quelles options pour la restauration des sols ?
Si le rapport fait un état dramatique de la situation, il note qu'il existe des exemples réussis de restauration des terres qui se retrouvent dans tous les écosystèmes, et que de nombreuses pratiques et techniques éprouvées, traditionnelles et modernes, peuvent éviter ou inverser la dégradation.

Dans les terres cultivées, par exemple, certaines d'entre elles comprennent la réduction des pertes de sol et l'amélioration de la santé des sols, l'utilisation de cultures tolérantes au sel, l'agriculture de conservation et les systèmes intégrés de culture, d'élevage et de sylviculture.
Dans les pâturages où le pâturage traditionnel est pratiqué, le maintien de régimes de feux appropriés et le rétablissement ou le développement de pratiques et d'institutions locales de gestion de l'élevage se sont révélés efficaces.
Les interventions réussies dans les zones humides ont inclus le contrôle des sources de pollution, la gestion des zones humides dans le cadre du paysage, et le reboisement des zones humides endommagées par le drainage.
Dans les zones urbaines, l'aménagement urbain, la replantation d'espèces indigènes, le développement d'infrastructures vertes telles que les parcs et les cours d'eau, l'assainissement de sols contaminés et étanches (sous asphalte), le traitement des eaux usées et la remise en action.
Ce qui devrait encourager à la restauration des sols c'est que les coûts impliqués sont très inférieurs aux bénéfices retirés. En moyenne, les bénéfices de la restauration sont 10 fois supérieurs aux coûts (estimés sur neuf biomes différents) et, pour des régions comme l'Asie et l'Afrique, le coût de l'inaction face à la dégradation des terres est au moins trois fois supérieur au coût d'action, précise le rapport.

2050 : le "scénario cauchemar"
Les projections du rapport relèvent du "scénario cauchemar" : "environ 4 milliards de personnes vivront dans les zones arides", a déclaré le professeur Scholes. "D'ici là, il est probable que la dégradation des terres, associée aux problèmes étroitement liés du changement climatique, aura forcé 50 à 700 millions de personnes à émigrer. La diminution de la productivité des terres rend également les sociétés plus vulnérables à l'instabilité sociale - en particulier dans les zones arides, où les années de précipitations extrêmement faibles ont été associées à une augmentation de 45% des conflits violents." En 2010, 2,7 milliards de personnes vivaient déjà dans des zones arides.

M. Montanarella a ajouté : "D'ici à 2050, la combinaison de la dégradation des terres et du changement climatique devrait réduire les rendements agricoles mondiaux de 10% en moyenne et de 50% dans certaines régions. À l'avenir, la plus grande partie de la dégradation se produira en Amérique centrale et en Amérique du Sud, en Afrique subsaharienne et en Asie, régions où il reste le plus de terres qui conviennent à l'agriculture."

Enfin, la demande croissante en nourriture et de biocarburants conduira probablement à une augmentation continue des apports nutritifs et chimiques sur les surfaces cultivées et à une évolution vers des systèmes de production animale industrialisés. C'est pourquoi, l'utilisation des pesticides et des engrais devraient doubler d'ici 2050.

A moins que l'humanité prenne enfin conscience de l'urgence d'une transition alimentaire vers des régimes qui privilégient plus de légumes et moins de protéines animales, tout en réduisant le gaspillage alimentaire.

"La dégradation des terres, la perte de biodiversité et le changement climatique sont trois visages différents du même défi central : l'impact de plus en plus dangereux de nos choix sur la santé de notre environnement naturel. Nous ne pouvons nous permettre de nous attaquer isolément à l'une de ces trois menaces - elles méritent chacune la priorité politique la plus élevée et doivent être traitées ensemble"  a déclaré Sir Robert Watson, président de l'IPBES.
source : www.notre-planete.info