La Sibérie connaît ses premiers feux de l’année, attisés par un temps sec, chaud et venteux, qui devrait s’aggraver. Loin d’être isolé, ce phénomène fait partie des conséquences du dérèglement climatique, selon les experts.
30 °C à Moscou le 17 mai, 31 °C à Nijni Novgorod, 32 °C à Tambov, 34 °C à Ulyanovsk... Le thermomètre bat des records en cette mi-mai 2021 dans plusieurs villes de la Russie, notamment à l’Ouest. Outre les températures élevées, le temps se montre également sec et venteux. Ces conditions météorologiques exceptionnelles sont catastrophiques pour les incendies en Sibérie occidentale, qui ont déjà commencé depuis plusieurs semaines. Le vent et le manque de précipitations aggravent les feux, qui deviennent incontrôlables et se propagent sur de vastes territoires.
Les oblasts de Tioumen et Omsk, à l’Ouest, sont particulièrement touchés, ainsi que l’Oural du Sud. Selon les autorités locales de Tioumen, la région connaît actuellement les incendies les plus importants depuis dix ans. Le 17 mai, 1 300 personnes ont dû être évacuées de leur domicile et de cinq établissements médicaux en raison de la menace d’un incendie de forêt à proximité. Depuis le début de l’année, 233 feux de forêt y ont été enregistrés sur une superficie totale de plus de 171 000 hectares, indiquait le 19 mai l’agence de presse russe Tass.
Conséquence des incendies qui ont lieu dans la région d’Omsk : fin avril, les fumées se sont déplacées vers l’Est jusqu’à Novossibirsk, plongeant la troisième ville du pays et ses plus de 1,6 million d’habitants dans le brouillard pendant plusieurs jours. La ville a été contrainte de déclarer le régime d’alerte aux particules fines.
« Ce sont principalement des feux d’herbe, des feux de steppe »
Pour expliquer les feux qui sévissent actuellement en Sibérie, plusieurs analystes européens ont évoqué l’hypothèse de feux zombies, c’est-à-dire des feux de la saison dernière couvant sous la neige durant l’hiver et qui se seraient rallumés au printemps.
Pour Alexeï Yarochenko, chef du département des forêts de Greenpeace Russie, bien que ces feux zombies puissent exister en Sibérie, ce ne sont pas les cas d’incendies les plus courants. « En Sibérie, il y a peu de feux zombies car les incendies survivent rarement à l’hiver, la couche de neige est trop importante. On les observe plutôt dans les zones de tourbières dans la partie européenne de la Russie. »
Pour lui, l’origine des incendies actuels est clairement humaine. « Ce sont principalement des feux d’herbe, des feux de steppe, constate-t-il. Les gens ont une tradition qui vise à brûler la vieille herbe séchée, en pensant que cela aidera la nouvelle herbe verte à pousser plus vite. Ces croyances sont fausses, mais restent ancrées au sein de la population, notamment en Sibérie. La population manque d’éducation sur ce point. »
La forêt sibérienne ravagée par les flammes, en juillet 2020.
« Tout le pays connaîtra des températures supérieures à la moyenne d’avril à septembre »
L’expert fustige également le rôle des autorités qui laissent faire. « Les gens pensent qu’en commençant le brûlage de leurs terres plus tôt dans l’année, il n’y a aucun risque que les feux se propagent aux forêts, car celles-ci sont encore humides. Mais ce n’est pas le cas. Avec le dérèglement climatique, le printemps arrive de plus en plus tôt, les forêts sont sèches et s’embrasent. C’est exactement ce qui se passe actuellement dans la région de Tioumen. »
L’ONG Greenpeace s’attend malheureusement à une année très critique en termes de feux de forêt, notamment en raison des prévisions météorologiques pour la Russie en 2021. L’agence météorologique nationale prévoit en effet des températures torrides dans l’hémisphère Nord entre mai et juillet.
« Tout le pays connaîtra des températures supérieures à la moyenne d’avril à septembre », a déclaré en mars dernier son directeur Roman Vilfand, en précisant que cela entraînera inévitablement davantage d’incendies de forêt. « Les régions sibériennes de Krasnoïarsk et Sakha seront particulièrement chaudes en juin. »
Un rapport intitulé « Climat 2020 » publié en avril par l’Organisation météorologique mondiale de l’ONU montre que les incendies en Sibérie ne constituent pas un événement isolé, mais font partie de changements plus larges affectant le climat mondial. Le document rappelle que l’année 2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées, mais que le réchauffement n’est pas uniformément réparti sur la planète.
C’est maintenant que tout se joue…
La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :
celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.
En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.
Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 97% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.
source : reporterre.net
30 °C à Moscou le 17 mai, 31 °C à Nijni Novgorod, 32 °C à Tambov, 34 °C à Ulyanovsk... Le thermomètre bat des records en cette mi-mai 2021 dans plusieurs villes de la Russie, notamment à l’Ouest. Outre les températures élevées, le temps se montre également sec et venteux. Ces conditions météorologiques exceptionnelles sont catastrophiques pour les incendies en Sibérie occidentale, qui ont déjà commencé depuis plusieurs semaines. Le vent et le manque de précipitations aggravent les feux, qui deviennent incontrôlables et se propagent sur de vastes territoires.
Les oblasts de Tioumen et Omsk, à l’Ouest, sont particulièrement touchés, ainsi que l’Oural du Sud. Selon les autorités locales de Tioumen, la région connaît actuellement les incendies les plus importants depuis dix ans. Le 17 mai, 1 300 personnes ont dû être évacuées de leur domicile et de cinq établissements médicaux en raison de la menace d’un incendie de forêt à proximité. Depuis le début de l’année, 233 feux de forêt y ont été enregistrés sur une superficie totale de plus de 171 000 hectares, indiquait le 19 mai l’agence de presse russe Tass.
Conséquence des incendies qui ont lieu dans la région d’Omsk : fin avril, les fumées se sont déplacées vers l’Est jusqu’à Novossibirsk, plongeant la troisième ville du pays et ses plus de 1,6 million d’habitants dans le brouillard pendant plusieurs jours. La ville a été contrainte de déclarer le régime d’alerte aux particules fines.
« Ce sont principalement des feux d’herbe, des feux de steppe »
Pour expliquer les feux qui sévissent actuellement en Sibérie, plusieurs analystes européens ont évoqué l’hypothèse de feux zombies, c’est-à-dire des feux de la saison dernière couvant sous la neige durant l’hiver et qui se seraient rallumés au printemps.
Pour Alexeï Yarochenko, chef du département des forêts de Greenpeace Russie, bien que ces feux zombies puissent exister en Sibérie, ce ne sont pas les cas d’incendies les plus courants. « En Sibérie, il y a peu de feux zombies car les incendies survivent rarement à l’hiver, la couche de neige est trop importante. On les observe plutôt dans les zones de tourbières dans la partie européenne de la Russie. »
Pour lui, l’origine des incendies actuels est clairement humaine. « Ce sont principalement des feux d’herbe, des feux de steppe, constate-t-il. Les gens ont une tradition qui vise à brûler la vieille herbe séchée, en pensant que cela aidera la nouvelle herbe verte à pousser plus vite. Ces croyances sont fausses, mais restent ancrées au sein de la population, notamment en Sibérie. La population manque d’éducation sur ce point. »
La forêt sibérienne ravagée par les flammes, en juillet 2020.
« Tout le pays connaîtra des températures supérieures à la moyenne d’avril à septembre »
L’expert fustige également le rôle des autorités qui laissent faire. « Les gens pensent qu’en commençant le brûlage de leurs terres plus tôt dans l’année, il n’y a aucun risque que les feux se propagent aux forêts, car celles-ci sont encore humides. Mais ce n’est pas le cas. Avec le dérèglement climatique, le printemps arrive de plus en plus tôt, les forêts sont sèches et s’embrasent. C’est exactement ce qui se passe actuellement dans la région de Tioumen. »
L’ONG Greenpeace s’attend malheureusement à une année très critique en termes de feux de forêt, notamment en raison des prévisions météorologiques pour la Russie en 2021. L’agence météorologique nationale prévoit en effet des températures torrides dans l’hémisphère Nord entre mai et juillet.
« Tout le pays connaîtra des températures supérieures à la moyenne d’avril à septembre », a déclaré en mars dernier son directeur Roman Vilfand, en précisant que cela entraînera inévitablement davantage d’incendies de forêt. « Les régions sibériennes de Krasnoïarsk et Sakha seront particulièrement chaudes en juin. »
Un rapport intitulé « Climat 2020 » publié en avril par l’Organisation météorologique mondiale de l’ONU montre que les incendies en Sibérie ne constituent pas un événement isolé, mais font partie de changements plus larges affectant le climat mondial. Le document rappelle que l’année 2020 a été l’une des trois années les plus chaudes jamais enregistrées, mais que le réchauffement n’est pas uniformément réparti sur la planète.
C’est maintenant que tout se joue…
La communauté scientifique ne cesse d’alerter sur le désastre environnemental qui s’accélère et s’aggrave, la population est de plus en plus préoccupée, et pourtant, le sujet reste secondaire dans le paysage médiatique. Ce bouleversement étant le problème fondamental de ce siècle, nous estimons qu’il doit occuper une place centrale dans le traitement de l’actualité.
Contrairement à de nombreux autres médias, nous avons fait des choix drastiques :
celui de l’indépendance éditoriale, ne laissant aucune prise aux influences de pouvoirs. Reporterre est géré par une association d’intérêt général, à but non lucratif. Nous pensons qu’un média doit informer, et non être un outil d’influence de l’opinion au profit d’intérêts particuliers.
celui de l’ouverture : tous nos articles sont en libre accès, sans aucune restriction. Nous considérons que s’informer est un droit essentiel, nécessaire à la compréhension du monde et de ses enjeux. Ce droit ne doit pas être conditionné par les ressources financières de chacun.
celui de la cohérence : Reporterre traite des bouleversements environnementaux, causés entre autres par la surconsommation, elle-même encouragée par la publicité. Le journal n’affiche donc strictement aucune publicité. Cela garantit l’absence de lien financier avec des entreprises, et renforce d’autant plus l’indépendance de la rédaction.
En résumé, Reporterre est un exemple rare dans le paysage médiatique : totalement indépendant, à but non lucratif, en accès libre, et sans publicité.
Le journal emploie une équipe de journalistes professionnels, qui produisent chaque jour des articles, enquêtes et reportages sur les enjeux environnementaux et sociaux. Nous faisons cela car nous pensons que la publication d’informations fiables, transparentes et accessibles à tous sur ces questions est une partie de la solution.
Vous comprenez donc pourquoi nous sollicitons votre soutien. Des dizaines de milliers de personnes viennent chaque jour s’informer sur Reporterre, et de plus en plus de lecteurs comme vous soutiennent le journal. Les dons de nos lecteurs représentent plus de 97% de nos ressources. Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, le journal sera renforcé. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.
source : reporterre.net