Il est urgent de remplacer les engrais azotés de synthèse utilisés en agriculture par les légumineuses. C’est l’une des conclusions du rapport des Amis de la Terre publié le 6 décembre.
L’ONG alerte sur la dépendance du système agricole et alimentaire au gaz fossile : « Le constat est alarmant. Dans leur quasi-totalité, les engrais azotés industriels sont encore aujourd’hui fabriqués à partir d’énergies fossiles, si bien que 30 % de la consommation mondiale d’énergie alimente notre système agricole et alimentaire », écrit-elle. Rien qu’en France, ils représenteraient un quart des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole.
Bénéfices record des producteurs d’engrais
Cette dépendance est l’un des facteurs clés dans l’inflation actuelle des produits alimentaires, estime le rapport. La hausse des prix sur le marché des énergies fossiles, notamment depuis l’agression russe en Ukraine, pèse directement sur le prix des engrais, et in fine sur les prix des denrées alimentaires produites avec.
Les consommateurs et les agriculteurs en sont les premières victimes, mais les finances publiques aussi. « Les coûts des engrais supportés par les pays importateurs, et en partie par la puissance publique à travers les soutiens mis en place suite à l’inflation des prix, ont été multipliés par trois en deux ans », estime l’association. Dans le même temps, les industriels des engrais ont réalisé des bénéfices record pendant la crise, en 2021 et 2022. C’est le cas du géant norvégien Yara dont le revenu net est passé de 384 millions de dollars en 2021 à 2,78 milliards en 2022.
Retrouver le cycle naturel de l’azote
Le rapport pointe aussi les solutions de « décarbonation » prônées par l’industrie : hydrogène vert, captation et stockage de carbone ou compensation carbone. « Ces dispositifs sont soit immatures, soit inefficaces ou nécessitent eux-mêmes beaucoup d’énergies fossiles pour fonctionner », dénonce le rapport. L’industrie chercherait ainsi simplement à maintenir ses profits.
Les Amis de la Terre préconisent plusieurs solutions, notamment la sortie de l’agriculture intensive et de l’élevage industriel « pour retrouver le cycle naturel de l’azote » et le soutien massif à la culture des légumineuses. Apport direct d’azote aux plantes, effet bénéfique pour la biodiversité, diversification alimentaire… les légumineuses sont indispensables pour remplacer les engrais de synthèse, conclut l’ONG.
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source: reporterre.net