Portée par les effets des changements climatiques, les bouleversements géopolitiques et l’onde de choc de la pandémie du Covid-19, l’agriculture biologique s’impose en Tunisie comme un secteur stratégique à fort potentiel.
Depuis 2019, la demande mondiale pour les produits bio ne cesse de croître, renforçant l’orientation des producteurs vers des filières plus durables et à forte valeur ajoutée.
Dans ce contexte, la Tunisie affiche une ambition claire : élargir la base de production biologique au-delà des filières historiques de l’huile d’olive et des dattes. Forte de performances exportatrices solides et d’un impact notable en matière de création d’emplois notamment pour les jeunes entrepreneurs et les porteurs de projets agricoles, la filière bénéficie d’un soutien accru des pouvoirs publics.
L’objectif affiché est ambitieux : atteindre 2 millions d’hectares de surfaces certifiées biologiques à l’horizon 2030, dans le cadre d’une stratégie nationale axée sur le développement durable et la protection de l’environnement.
Vitrine internationale à Nuremberg
Dans cette dynamique, la participation tunisienne au salon international des produits biologiques et naturels, organisé à Nuremberg du 10 au 13 février 2026, constitue un levier de visibilité majeur.
Coordonnée par l’Agence de promotion des investissements agricoles, la délégation tunisienne réunit huit entreprises privées, aux côtés de représentants de la Direction générale de l’agriculture biologique. Les exposants présentent une gamme variée de produits frais et transformés : dattes, huile d’olive, plantes médicinales et aromatiques, huiles essentielles, dérivés de dattes et figue de Barbarie. Des séances de dégustation sont également organisées pour valoriser le savoir-faire national.
Ce rendez-vous, parmi les plus importants au monde dans l’écosystème bio, rassemble producteurs, transformateurs, organismes de certification, structures de contrôle, institutions de formation et centres de recherche. Pour la Tunisie, l’enjeu est double : s’inspirer des meilleures pratiques internationales et identifier de nouveaux débouchés à l’export, tout en nouant des partenariats étrangers.
Un poids croissant dans les exportations agricoles
Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), la filière biologique tunisienne regroupe actuellement près de 9 000 opérateurs incluant agriculteurs, industriels et commerçants majoritairement intégrés dans les chaînes de production.
D’après les données de la Direction générale de l’agriculture biologique, les superficies certifiées varient entre 235 000 et 400 000 hectares en 2024, soit environ 2% de la surface agricole totale. Le secteur représente entre 14% et 17,7% des exportations agricoles tunisiennes, pour une valeur dépassant 1,13 milliard de dollars en 2024.
La Tunisie se positionne ainsi au premier rang africain en termes de superficies dédiées au bio et occupe la 23e place mondiale. Le pays figure également parmi les principaux exportateurs d’huile d’olive biologique à l’échelle internationale.
Des défis structurels à surmonter
Malgré ces performances, la filière demeure confrontée à plusieurs contraintes : hausse des coûts des intrants et des équipements, complexité et coût des certifications, difficultés d’accès aux marchés et pression concurrentielle accrue.
Les professionnels plaident pour davantage d’accompagnement, notamment sous forme d’exonérations douanières et de subventions dédiées aux projets biologiques. Ils appellent également à renforcer la sensibilisation des consommateurs tunisiens à l’importance de la certification et de la traçabilité.
La stratégie nationale à l’horizon 2030 ambitionne de faire de l’agriculture biologique tunisienne un modèle de référence à l’échelle internationale. Elle mise sur une gouvernance plus efficace, un renforcement de la compétitivité des produits phares qui sont l’huile d’olive et les dattes et ce, parallèlement à une diversification accrue de l’offre.
Parmi les segments à fort potentiel figurent les huiles issues de plantes aromatiques, le caroubier, les légumes biologiques et les produits dérivés de la figue de Barbarie.
Au-delà de la performance économique, l’agriculture biologique s’inscrit dans une logique de durabilité : réduction des intrants chimiques, préservation des sols et des ressources hydriques, maintien de la biodiversité et amélioration de la fertilité des terres à long terme. Autant d’atouts qui positionnent la filière comme l’un des piliers de la transition agricole tunisienne.
source: tunisienumerique.com