RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE

Titre : Agro-alimentaire : l'Andalousie veut suspendre le régime douanier couvrant l'essentiel des achats d'huile d'olive tunisienne
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La région d'Andalousie veut faire suspendre un régime douanier s'appliquant à 76,3 % des importations espagnoles d'huile tunisienne début 2026. Tunis cherche quant à elle à vendre davantage dans l'Union européenne, alors que Bruxelles écarte de nouvelles concessions agricoles.
Le gouvernement d'Andalousie a demandé le mercredi 2 septembre au ministère espagnol de l'Agriculture de saisir la Commission européenne pour suspendre le perfectionnement actif appliqué à l'huile d'olive. Ce régime permet à des marchandises de pays tiers d'entrer dans l'Union sans acquitter immédiatement les droits lorsqu'elles doivent y être transformées avant réexportation. Si elles sont finalement mises en libre circulation, les droits deviennent exigibles.
La requête s'appuie sur l'article 195 du règlement européen 1308/2013, qui autorise Bruxelles à suspendre ce dispositif, totalement ou partiellement, lorsqu'il perturbe ou risque de perturber le marché de l'Union. Selon la Junta, 61,6% des importations espagnoles d'huile tunisienne relevaient de ce régime en 2025 et 76,3% entre janvier et avril 2026. L'huile vierge extra représentait alors 75% des volumes concernés.
 
Le sucre brut de canne déjà suspendu
Le gouvernement régional demande si les manipulations effectuées en Espagne sur ces huiles constituent une transformation suffisante pour justifier le recours au régime. Il réclame aussi les données sur les autorisations accordées au secteur depuis cinq ans. La Commission a déjà utilisé cet instrument cette année. Le 26 mai, elle a suspendu pour douze mois le perfectionnement actif du sucre brut de canne destiné au raffinage, en invoquant le même article.
Pour l'huile d'olive, Madrid n'a pas saisi Bruxelles et son ministre de l'Agriculture conteste le diagnostic andalou. Luis Planas a indiqué que l'Espagne avait importé 83 187 tonnes d'huile tunisienne jusqu'en juin, soit 5,2% des ressources disponibles sur le marché espagnol. Selon lui, ces volumes n'ont pas d'effet direct sur les prix et une partie est achetée par les conditionneurs pour être réexportée vers des pays tiers.
 
Des recettes tirées par les tonnes, pas par les prix
Sur les huit premiers mois de 2026, la Tunisie a exporté 301 400 tonnes d'huile d'olive, contre 210 700 un an plus tôt, soit une hausse de 43%. Sur la même période, le prix moyen à l'export a reculé de 2,5%, à 3,72 euros (12,51 dinars) le kilo, selon l'Observatoire national de l'agriculture. Les recettes ont malgré tout progressé de 39,5%, d'après l'Institut national de la statistique.
 
Tout cela pèse lourd dans les comptes extérieurs. Les exportations totales du pays sont passées de 272 millions d'euros (41,37 dinars) à 294 millions d'euros (44,67 milliards de dinars) sur la période. L'huile d'olive explique à elle seule près de 32% de cette hausse, alors qu'elle ne représente qu'environ 8,4% des exportations totales, selon nos calculs. Sa contribution à la croissance est donc près de quatre fois supérieure à son poids.
Une restriction du perfectionnement actif en Espagne toucherait directement ce modèle fondé sur les quantités. Les organisations agricoles espagnoles relient l'afflux d'huile extracommunautaire à la baisse des prix payés aux producteurs, une lecture que le ministre récuse pour les volumes tunisiens.
 
Bruxelles a déjà fermé la porte à de nouvelles concessions
Le contingent préférentiel autorise chaque année l'importation à droit nul de 56 700 tonnes d'huile tunisienne. Pour 2026, il a été attribué à 56 699,981 tonnes, et il est entièrement alloué pour la neuvième année consécutive. Les demandes de licences déposées par les opérateurs européens dépassent largement ce volume, sans qu'on puisse les assimiler à des commandes fermes.
Tunis réclame depuis plusieurs années un plafond de 100 000 tonnes. La demande est devenue officielle cette année : la Commission a confirmé avoir reçu, le 29 janvier dernier, une communication des autorités tunisiennes demandant la révision du protocole agricole de l'accord d'association. Dans une réponse écrite du 23 mars au Parlement européen, le commissaire à l'Agriculture Christophe Hansen a indiqué que Bruxelles « n'envisage pas de concessions commerciales supplémentaires » pour les produits agricoles tunisiens, huile d'olive comprise.
Même relevé à 100 000 tonnes, soit 43 300 tonnes et 76% de plus, le contingent ne couvrirait qu'environ un tiers des 301 400 tonnes exportées par la Tunisie en huit mois. Le reste dépend d'autres marchés, du droit plein ou, en Europe, du perfectionnement actif. La décision ne dépend pas seulement de Madrid. L'article 195 permet à la Commission de suspendre le régime de sa propre initiative, comme elle l'a fait pour le sucre. Il lui a alors fallu quatre mois entre l'annonce du commissaire, le 26 janvier, et l'adoption du texte, après un vote des États membres. Si l'Espagne la saisissait formellement, le délai tomberait à cinq jours ouvrables.
 
source: latribune.fr