RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE

Face à l’urgence climatique et au stress hydrique structurel qui frappe la Tunisie, Greenpeace Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) appelle à une refonte profonde du modèle agricole national. L’organisation écologiste préconise un couplage immédiat de l’irrigation aux énergies renouvelables, adossé à une gouvernance stricte des ressources en eau.
Cette prise de position intervient dans le sillage des récentes mesures gouvernementales de la mi-mai visant à sécuriser la filière céréalière et à moderniser les infrastructures hydrauliques.
L’ONG rappelle que le secteur agricole tunisien absorbe aujourd’hui plus de 75 % des ressources en eau disponibles du pays. Une pression insoutenable alors que la dotation par habitant est tombée à soit un niveau bien inférieur au seuil critique de pénurie hydraulique fixé par les instances internationales. Inesaf Benzaki, responsable des campagnes à Greenpeace MENA, estime que le déploiement du pompage solaire et de l’agrivoltaïsme permettrait de réduire la pression sur les nappes phréatiques, d’optimiser l’arrosage et de stabiliser les coûts de production.

L’experte nuance toutefois que cette transition énergétique ne sera viable que si elle est rigoureusement encadrée par l’instauration de quotas stricts, le déploiement de compteurs intelligents et un suivi en temps réel pour empêcher toute surexploitation des réserves souterraines, en particulier dans les régions arides.
Selon les données de l’organisation, l’association de panneaux photovoltaïques à des systèmes d’irrigation goutte-à-goutte permet de porter l’efficacité hydrique à 90 %, contre seulement 50 % pour les méthodes traditionnelles. Couplée à des capteurs numériques, à des solutions de stockage et à la réutilisation des eaux usées traitées, cette approche minimise le gaspillage tout en boostant les rendements. Elle offre également une alternative fiable face aux coupures d’électricité et à la volatilité des prix des hydrocarbures.


Ces recommandations résonnent avec les orientations annoncées le 13 mai dernier par le ministre de l’Agriculture, Ezzeddine Ben Cheikh, qui a tracé les contours d’une stratégie nationale axée sur l’autosuffisance en blé dur grâce à l’extension des périmètres irrigués et à la valorisation des semences locales.
Pour l’année 2026, l’exécutif a d’ores et déjà autorisé le déblocage de crédits exceptionnels destinés au forage de puits, au renforcement des stations de dessalement, à la modernisation des réseaux d’irrigation et à la valorisation des eaux usées épurées. Une plateforme numérique de gestion du domaine public hydraulique ainsi qu’un système d’information décisionnelle seront également déployés pour piloter cette transition.
Pour Greenpeace, l’intégration des énergies décarbonées dans le paysage agricole tunisien a dépassé le stade de la simple option environnementale pour devenir un impératif de souveraineté alimentaire et hydrique, dont dépendent directement la stabilité des prix et le pouvoir d’achat des ménages.