RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE
Des pêcheurs tunisiens ont fait le pari d'exploiter les crabes bleus, une espèce particulièrement féroce qui dévore les poissons normalement pêchés. Au début considéré comme un redoutable prédateur en Tunisie, le crabe bleu est à son tour en train de devenir une proie. Présente notamment dans l'océan Indien, le Pacifique et la mer Rouge, cette étrille aux pattes bleutées est apparue fin 2014 dans le golfe de Gabès (sud-est) et a rapidement proliféré, ayant trouvé sur ce littoral un environnement favorable et une nourriture abondante - seiches, chevrettes ou poissons fins. D'abord redouté par les pêcheurs, ce crabe est désormais pêché et exporté. La voracité de cette espèce invasive a exacerbé les difficultés économiques de bien des pêcheurs. Ces crabes sont "rapidement devenus une malédiction (...). Ils dévorent les bons poissons", daurade, loup, rouget et cisaillent les filets, selon les pêcheurs. Le crabe bleu, de son nom scientifique Portunus pelagicus, a emprunté deux chemins pour parvenir jusqu'aux côtes tunisiennes, explique un chercheur à l'Institut National des Sciences et Technologies de la mer (INSTM). D'une part, les "eaux de ballast des bateaux, transportant des larves ou des œufs", d'autre part "une migration naturelle, étant donné que cet animal, après l'ouverture du canal de Suez au 19e siècle, a été signalé petit à petit sur les côtes est et sud de la Méditerranée". Dans le laboratoire de l'INSTM des chercheurs auscultent sa chair et sa carapace acérée au microscope. A l'extérieur du laboratoire s'entassent différents outils de pêche, filets et cages, que les chercheurs ne cessent d'adapter au comportement du crabe. Car la situation est en train de se renverser : en 2017, l'Etat tunisien a lancé un plan pour exploiter et valoriser le redoutable crustacé. Des pêcheurs ont été formés pour attraper ce crabe et le ministère subventionne le prix d'achat : pour un kilo pêché et vendu en moyenne 1,8 dinar (55 centimes d'euro), l'État verse 600 à 800 millimes supplémentaires (entre 18 et 24 centimes d'euro). Une usine s'est installée en 2017 à Zarzis, près de Djerba, qui produit du crabe congelé destiné à l'export, notamment vers l'Asie et le Golfe. La Tunisie a produit 1.450 tonnes de crabe bleu sur les sept premiers mois de 2018, selon le ministère de l'Agriculture des Ressources Hydrauliques et de la pêche, pour une valeur de neuf millions de dinars (environ trois millions euros).
Source : www.sciencesetavenir.fr
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