RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE

En raison des activités humaines et de l'accélération du changement climatique, les sols de notre planète se dégradent de plus en plus intensément... Ils sont pourtant essentiels au bon fonctionnement de nos écosystèmes, au quotidien de tous les êtres vivants et les gérer durablement pourrait aider à combattre la crise climatique actuelle.

Les changements d'occupation des sols par l'Homme, liés notamment à la déforestation, à la croissance urbaine, à l'expansion agricole ou encore au reboisement, ont façonné l'histoire de l'humanité, mais il est aujourd'hui urgent d'agir pour préserver ces terres.

On distingue deux types de changements d'affectation des sols (CAS) : directs et indirects. D'après la définition apportée dans un rapport publié par l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et l'ADEME (Agence de la Transition Ecologique), "le CAS direct décrit les situations où le développement d'une culture modifie le type d'affectation du sol, qui pouvait préalablement être occupé par exemple par une forêt ou une prairie permanente. On change donc directement de catégorie d'affectation, ce qui entraine des impacts environnementaux sur la parcelle en question. Le changement d'affectation des sols indirect concerne un changement de pratiques agricoles ou de finalité de la production dans une zone déjà cultivée (remplacement d'une culture alimentaire par une culture énergétique, par exemple) qui entraine par rebond une modification d'affectation du sol dans une autre zone géographique (remplacement d'une prairie ou d'une forêt par une culture alimentaire, par exemple)."

Malgré la disponibilité des satellites, des "Big Data" et de l'explosion quantitative d'informations, les études existantes sur les changements d'affectation des terres étaient encore assez limitées dans l'espace et dans le temps.

C'est pourquoi des scientifiques, de l'IMK-IFU (Institute of Meteorology and Climate Research - Atmospheric Environmental Research) et de l'Université de Wageningen aux Pays-Bas, se sont intéressés de près à cette question et ont assemblé de nombreuses données avec pour objectif de développer un ensemble de nouvelles cartes haute résolution: HILDA - Historic Land Dynamics Assessment.

En utilisant les données satellitaires de haute résolution et les statistiques d'utilisation des terres, l'équipe de chercheurs a réussi à retracer et à reconstruire les changements mondiaux d'utilisation des sols ainsi que leurs schémas spatio-temporels entre les années 1960 et 2019. "Notre travail est très exigeant car nous devons traiter des ensembles de données très différents", explique Winkler. "Par exemple, si les cartes d'utilisation des terres ont des résolutions spatiales, une couverture temporelle ou des classifications d'utilisation des terres différentes, nous avons besoin d'une stratégie pour les harmoniser."
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Publiés dans la revue scientifique Nature Communications, les résultats de leurs découvertes prouvent que, au cours des 60 dernières années, l'utilisation mondiale des terres a finalement été quatre fois plus importante que les estimations prévues, affectant environ 32% de la superficie terrestre.

"Pour faire face aux défis mondiaux de notre époque, nous devons mieux comprendre l'étendue du changement d'affectation des terres et sa contribution au changement climatique, à la biodiversité et à la production alimentaire", a déclaré Karina Winkler de l'Institute of Meteorology and Climate Research - Atmospheric Environmental Division Recherche (IMK-IFU), KIT Campus Alpin à Garmisch-Partenkirchen. "En fait, l'utilisation des terres joue également un rôle essentiel dans la réalisation des objectifs climatiques de Paris."

Des distinctions selon les échelles spatio-temporelles
"Les changements d'affectation des terres ne présentent pas les mêmes schémas partout dans le monde", a expliqué Winkler.

En effet, avec l'ensemble des données collectées, l'équipe de chercheurs a réalisé un ensemble de cartes permettant d'observer, à l'échelle mondiale, les changements d'utilisation des sols des espaces forestiers, des terres cultivées et des terres dédiées au pâturage entre 1960 et 2019 ; le nombre d'événements de changement d'affectation des terres sur cette même période; et enfin l'utilisation et la couverture des terres pour l'année 1960 et pour l'année 2019.


Ils ont alors mis en avant des différences globales entre l'Hémisphère Nord et Sud. Par exemple, en Europe, aux Etats-Unis ou encore en Russie, des pays faisant partie de ce qu'ils appellent le "Nord global", les zones forestières se sont étendues alors que la superficie des terres arables - terres cultivées - a quant à elle diminué.
Au contraire, au Brésil ou en Indonésie, dans la zone dites "Sud global", les superficies forestières et de terres arables ont diminuées, tandis que les terres dédiées au pâturage se sont étendues.

De plus, le taux de changement d'affectation des terres a connu des hauts et des bas... Entre 1960 et 2005, les chercheurs se sont rendus compte que le rythme du changement dans l'utilisation des terres était particulièrement accéléré. Cependant, entre 2006 et 2019, ce dernier a connu un certain ralentissement.

"Ce renversement de tendance pourrait être lié à l'importance croissante du commerce mondial pour la production agricole et à la crise économique mondiale de 2007/2008", a ajouté Karina Winkler.

Solution : une utilisation durable des sols
Il ne faut pas oublier que les sols sont les milieux clés pour cultiver, pour abriter la biodiversité et pour stocker le carbone atmosphérique. Ils fournissent, notamment sous couvert forestier, plusieurs services écosystémiques comme la purification de l'eau, la fourniture d'énergie et d'autres contributions essentielles aux populations.

Or, d'après la première évaluation mondiale exhaustive de la dégradation et de la restauration des sols, publiée par l'IPBES, des niveaux "critiques" de dégradation ont été atteints dans de nombreuses régions du monde. L'aggravation de la dégradation des sols causée par les activités humaines affecterait le bien-être des 2/5 de l'humanité, soit au moins 3,2 milliards de personnes, entraînant également l'extinction des espèces et intensifiant le changement climatique.



"Les sols sont l'épiderme de la Terre. Ils sont au centre des grands enjeux mondiaux que sont la sécurité alimentaire, la désertification, et le changement climatique. Ce sont les sols qui sont à la base de plus de 95% de notre alimentation. Ce sont eux qui filtrent nos eaux et qui contribuent à réguler et à atténuer le changement climatique. Ils sont aussi un immense réservoir de biodiversité. En dégradant nos sols, nous mettons en péril l'équilibre de la planète. Ils doivent être protégés et considérés comme une ressource naturelle indispensable à la vie, au même titre que l'eau que nous buvons et l'air que nous respirons. Ils restent malheureusement les grands absents de la prise conscience de la nécessité de protéger les ressources de la planète", a indiqué Dominique Arrouays, Ingénieur des techniques agricoles de l'École nationale d'ingénieurs des travaux agricoles de Bordeaux, en évoquant le "rapport spécial sur le changement climatique, la désertification, la dégradation des terres, la gestion durable des sols, la sécurité alimentaire, et les flux de gaz à effet de serre dans les écosystèmes terrestres" du GIEC.

Par conséquent, la réalisation de ces cartes permet de fournir une base de données améliorée pour les modèles du climat et du système terrestre. C'est l'occasion, selon les chercheurs, de contribuer aux débats politiques sur les stratégies visant à parvenir à une utilisation durable des terres dans un avenir proche.

Il est urgent de prendre en compte ces données et d'agir rapidement pour répondre aux besoins d'une population mondiale en pleine expansion  tandis que les ressources naturelles se font de plus en plus rares...
source : www.notre-planete.info