RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE

RÉPUBLIQUE TUNISIENNE

La Tunisie possède quelque 10 000 hectares de vignes, concentrées dans les régions côtières. La demande de vin local dépasse l’offre. Mais le pays peine à renouveler son vignoble.
Pas de chance pour les viticulteurs tunisiens, leur pays est le quatrième producteur mondial d’olives. Quel rapport ? Xylella fastidiosa. Cette bactérie a été détectée dans plusieurs pays, dont la France. Le problème est qu’elle attaque les oliviers. Résultat : la Tunisie interdit l’importation de plants de vignes de tous ces pays. Elle protège son trésor de guerre nommé huile d’olive (un tiers des exportations du pays).

Conséquence, le vignoble tunisien (environ 2 500 viticulteurs) peine à se renouveler. « 85 % des vins que nous produisons sont issus de cépages plantés par d’anciens colons », souligne Ziadi Ridha, 58 ans, directeur de la cave Bir Drassen, l’une des plus anciennes de Tunisie, dans la péninsule du Cap Bon, au nord-est du pays. Dans la vigne, un palissage fatigué et de vieux ceps craquelés confirment ses dires. Dans la cave, les cuves en béton de l’aire protectorale côtoient les nouvelles en inox.

Importer des plants résistants
À Korba, à une quinzaine de kilomètres de là, l’œnologue français Didier Cornillon, 57 ans, cherche a importé des plants résistants au stress hydrique et à la chaleur. « Quand vous avez un coup de Sirocco à plus de 50 °C, vous pouvez perdre la moitié de votre récolte », explique ce globe-trotter du vin. Cofondateur de la cave Kurubis (ancien nom de Korba), il possède aussi des vignobles en Arménie et en Uruguay.

« En août, la température des raisins peut atteindre 28 ou 30 °C. Il faut réfrigérer la vendange », complète le Bordelais Ludovic Pochard, 47 ans, directeur de production de la cave Ceptunes, à Grombalia, non loin de là. Un caisson réfrigérant à Kurubis et un circuit d’eau froide à Bir Drassen attestent du procédé.

Côté commerce, la demande dépasse l’offre. En tout cas sur le haut de gamme. « Nos 400 000 bouteilles sont vendues d’avance », confie Didier Cornillon, spécialisé dans ce créneau. « Nous n’arrivons pas à faire vieillir nos vins », ajoute Mohamed Ben Mna, 42 ans, guide à Kurubis. « Des Canadiens et des Chinois veulent nos vins, mais je ne peux pas les fournir », complète Jalel Souissi. Basé à Londres, cet entrepreneur tunisien de 63 ans est le nouvel actionnaire majoritaire de Kurubis.

Baisse des exportations
Ajoutez à cela un quota d’importation limité à 120 000 bouteilles par an – pour protéger la production locale – et vous obtenez des exportations qui s’effondrent : 73 000 hectolitres en 2008-2009, contre… 140, en 2020-2021.

Face à la pénurie, Didier Cornillon et Jalel Souissi vont planter un nouveau vignoble. 60 hectares irrigués au goutte-à-goutte. « En France, on irrigue pour augmenter le rendement, ici c’est pour que la vigne ne meure pas », pointe Didier Cornillon. La pratique est autorisée dans les sept appellations d’origine contrôlée (AOC) du pays. Comme les copeaux dans le vin et l’assemblage des cépages. « La législation est plus souple qu’en France », sourit Ludovic Pochard.

À quelques kilomètres, le parking de l’ancien Club Med reconverti en hôtel de luxe est quasi-vide. Les flamants roses de la lagune de Korba exposent leurs couleurs sans spectateurs. Alors, on se dit que, quand les touristes reviendront, les quelque 10 000 hectares de vignes de ce pays musulman au vignoble ancestral ne suffiront pas à étancher les soifs locales.