RÉPUBLIQUE TUNISIENNE | MINISTERE DE L'AGRICULTURE, DES RESSOURCES HYDRAULIQUE ET DE LA PECHE
La Banque mondiale, en partenariat avec des instituts de recherche tunisiens, prévient que les oasis tunisiennes risquent de s’effondrer en raison de l’épuisement des nappes phréatiques, du changement climatique et d’une mauvaise gouvernance. Grâce à des réformes audacieuses, des pratiques durables et une gestion inclusive, ces paysages fragiles pourraient devenir des pôles d’emplois verts, de résilience et de croissance sobre en carbone.
Un nouveau rapport de la Banque mondiale, cité par la plateforme Devdiscourse e souligne que ces palmeraies centenaires sont non seulement des joyaux écologiques, mais aussi des points d’ancrage potentiels pour un développement durable et sobre en carbone. Présentant les oasis comme un carrefour d’adaptation, d’atténuation et de moyens de subsistance, le rapport avertit qu’en l’absence de réformes décisives, la Tunisie risque de voir ses paysages oasiens s’effondrer sous le stress climatique et la mauvaise gestion.
Une expansion à un coût dangereux
Au cours des trois dernières décennies, l’agriculture oasienne a connu une expansion spectaculaire, passant de 17 500 hectares en 1992 à plus de 51 000 hectares aujourd’hui. Cette croissance a été largement alimentée par l’extraction des eaux souterraines profondes, en particulier dans le sud aride, où les aquifères sont exploités à un rythme insoutenable. Si cette expansion a généré des gains économiques évidents, notamment grâce à la production de dattes, la base de ressources sous-jacente se détériore. Les exportations de dattes représentent désormais la deuxième denrée agricole la plus précieuse du pays après l’huile d’olive, rapportant plus de 700 millions de dinars en 2023/24 et employant des milliers de personnes. Mais ce boom cache un effondrement imminent : les nappes phréatiques baissent jusqu’à cinq mètres par an dans certaines régions, les forages non réglementés ont explosé et la salinisation menace à la fois la fertilité des sols et la productivité des cultures. Les oasis traditionnelles, autrefois réputées pour leurs systèmes de culture multicouches combinant palmiers, arbres fruitiers et légumes, voient leur biodiversité et leur résilience diminuer.
Le changement climatique resserre l’étau
Comme si la gestion non durable ne suffisait pas, le changement climatique accentue la pression sur les oasis tunisiennes. Le rapport cite des modèles prévoyant une augmentation des températures pouvant atteindre 1,9 °C et une baisse des précipitations de près de 9 % d’ici 2050. Ces changements amplifieront la fréquence des sécheresses, des inondations et des vagues de chaleur, touchant plus durement les agriculteurs vulnérables. L’irrégularité des précipitations et la dégradation de la qualité de l’eau ont déjà entraîné une hausse des coûts de production et une baisse des rendements. L’étude insiste sur le fait que la préservation des oasis doit être au cœur de la stratégie climatique de la Tunisie, conformément à la contribution nationale déterminée actualisée du pays dans le cadre de l’Accord de Paris. Selon les auteurs, la gestion durable des oasis représente l’un des outils les plus efficaces de la Tunisie pour renforcer la résilience climatique tout en protégeant les moyens de subsistance ruraux.
Un plan pour une transformation verte
Le rapport propose un catalogue d’interventions susceptibles de transformer les oasis tunisiennes en paysages climato-intelligents et créateurs d’emplois. Français Il met en avant les systèmes traditionnels de culture en couches basés sur la biodiversité comme modèles de résilience, tout en prônant des pratiques modernes telles que l’agriculture biologique, l’amélioration des sols au biochar, la réutilisation des eaux usées et l’irrigation solaire. Certaines options, comme la culture biologique des dattes, non seulement réduisent les émissions, mais ouvrent également des marchés d’exportation haut de gamme, créant des opportunités pour les jeunes et les femmes. Le biochar, quant à lui, est présenté comme un outil particulièrement puissant pour la séquestration du carbone. Les auteurs présentent deux scénarios contrastés : dans le statu quo, l’expansion se poursuit, mais les écosystèmes se dégradent et la vulnérabilité s’aggrave. Dans un scénario proactif, ancré dans la volonté politique et l’adoption rapide de pratiques durables, la Tunisie pourrait voir près de sept milliards de dinars de revenus supplémentaires, plus de 33 000 emplois et une réduction de 22,5 millions de tonnes d’émissions d’équivalent CO₂ d’ici 2050. Ces chiffres, tirés de la modélisation du rapport, soulignent le potentiel transformateur d’une action audacieuse.
source: africanmanager.com